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Ann Biochim Clin Qué 36: 5-7 (1997)
Dosage à la portée de tous les laboratoires? Gaston Daigle, Ph.D., C.S.P.Q.
Biochimiste clinique INDEXIntroduction
Plusieurs cas d'intoxication au monoxyde de carbone ont été déclarés au Québec dûs à différentes causes dont entre autres une tentative suicidaire (1), un incendie, un moteur à combustion mal ajusté, etc.. La disponibilité d'un co-oxymètre pour la mesure de la carboxy-hémoglobine n'est pas très fréquente dans les hôpitaux du Québec. Les centres dépourvus de cet équipement doivent se tourner vers d'autres centres, occasionnant ainsi des délais dans l'analyse du spécimen et dans le traitement des patients intoxiqués. Une méthode spectrophotométrique a déjà été décrite par Tietz (2), utilisant la lecture séquentielle, à deux longueurs d'onde très proches, d'un hémolysat de sang total réduit par l'hydrosulfite de sodium. Le but de ce travail est de standardiser les étapes de cette méthode afin de réduire au minimum l'imprécision inter-essai, d'évaluer la performance analytique de cette méthode, de la comparer à une méthode de co-oxymétrie, et de proposer un contexte clinique d'utilisation de cette méthode spectrophotométrique.
Matériels et méthodes
Le spectrophotomètre utilisé est un STASAR III (Gilford Instruments, Canada) muni d'un sélecteur de longueur d'onde de 1 nm avec une précision de bande passante de ± 2 nm. L'hydroxyde d'ammonium (NH4OH 0,12 M) et l'hydrosulfite de sodium (233 mg dilués dans 1,0 mL de NH4OH 0,12 M) proviennent de Fisher Canada. Les échantillons de carboxy-hémoglobine proviennent de Coulter Électronique du Canada Ltée (IL Multi-4 CO Oximeter Control TM, level 1-2-3 [cat no 033162-00] et level 4 [cat no 033122-50]). Ces contrôles sont obligatoires car ils contiennent de l'hémoglobine humaine purifiée, condition essentielle pour la mesure de la carboxy-hémoglobine par spectrophotométrie. Les valeurs cibles des contrôles du niveau 2 (appelé étalon 0,017) et du niveau 4 (appelé étalon 0,919) ont été obtenues par co-oxymétrie. Le co-oxymètre utilisé est un ABL-520 (Radiometer Canada).
Le principe de la méthode est le suivant : Les propriétés spectrales de l'oxy-hémoglobine et de la carboxy-hémoglobine sont différentes. Un traitement à l'hydrosulfite de sodium d'un hémolysat modifie le spectre de l'oxy-hémoglobine sans modifier celui de la carboxy-hémoglobine. Un ratio entre les densités optiques à 541 nm et 555 nm des étalons d'HbCO (hémoglobine humaine purifiée) permet l'élaboration d'une courbe d'étalonnage (figure 1). Les résultats obtenus des spécimens de patients, traités de la même façon, sont dérivés de cette courbe.
La méthode suivante, qui a été modifiée, est utilisée.
Résultats Le tableau 1 regroupe les ratios moyens de D.O. des étalons 0,017 et 0,919 pour 10 courbes d'étalonnage. Ces ratios sont très stables et permettent l'utilisation d'une courbe étalon sur plusieurs mois, voire quelques années. Notre courbe étalon (figure 1), construite à partir de la moyenne de ces 10 ratios, a d'ailleurs été utilisée pendant 3 ans avec satisfaction.
Figure 1. Courbe étalon de la carboxy-hémoglobine avec l'étalon 0,017 d'HbCO et l'étalon 0,919 d'HbCO.
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Le tableau 2 présente les résultats de l'étude d'imprécision inter-essais pour 3 lots différents du niveau 1 et du niveau 3 des contrôles. Les coefficients de variation se situent entre 3,7% - 6,9% et 12,6% - 13,7% pour des niveaux d'HbCO respectifs de 0,581 et 0,173.
Une étude de corrélation a été effectuée entre la méthode spectrophotométrique et la co-oxymétrie. Le graphique de la (figure 2) montre la relation entre les 2 méthodes. Les paramètres de régression suivants ont été obtenus : Y = 1,047 X - 0,007 où Sy/x = 0,018, r = 0,9914 et n = 29. Ces données montrent, qu'en moyenne, les résultats de la méthode spectrophotométrique sont en deça de 5% de ceux de la co-oxymétrie. Pour les valeurs entre 0,10 et 0,30 d'HbCO, le biais positif est de l'ordre de 10% - 12%. ![]() Les symptômes et signes cliniques en fonction du taux de carboxy-hémoglobine sont présentés dans le tableau 3.
Discussion
Étant donné l'utilisation peu fréquente de cette méthode dans certains centres, il est impératif de bien standardiser toutes les étapes afin de minimiser l'imprécision de cette méthode spectrophotométrique. Parmi les conditions préalables, un spectrophotomètre performant (bande passante ± 2 nm), l'utilisation de la même cellule de mesure en tout temps et le chronométrage de 5 minutes précises de chacune des réactions permettent une meilleure reproductibilité de lecture. Ceci se répercute sur la précision des dosages où les coefficients de variation des contrôles de qualité sont très acceptables pour les besoins cliniques. De plus, la corrélation entre la méthode spectrophotométrique et la co-oxymétrie, considérée comme méthode de référence, est très bonne car les écarts sont inférieurs à 5% en moyenne. Dans un contexte d'intoxication, les résultats d'HbCO cliniquement importants sont ceux de plus de 0,15 (tableau 3). Les résultats d'HbCO inférieurs à 0,05 sont beaucoup moins importants et corrèlent d'ailleurs moins bien que les autres plus élevés.
Dans son article original, Tietz (2) utilisait comme étalon primaire un cylindre de CO à 100% pour fabriquer un étalon d'HbCO pur. Cette procédure n'est pas dénuée de danger car ce produit est très toxique, surtout en milieu fermé. Nous avons préféré utiliser des contrôles d'HbCO à base d'hémoglobine humaine dosés au co-oxymètre à plusieurs reprises et d'utiliser la valeur moyenne comme valeur cible. L'étude de corrélation montre que les résultats de carboxy-hémoglobine sont similaires.
Tel que mentionné dans la référence 2, la présence de methémoglobine n'interfère pas dans le dosage car cette dernière est réduite par l'hydrosulfite de sodium, au même titre que l'oxy-hémoglobine. Seule la sulpho-hémoglobine peut interférer car elle n'est pas réduite par l'hydrosulfite. Cependant sa présence, quoique peu fréquente, peut être détectée à 620 nm, le cas échéant.
En conclusion, cette méthode peut être utilisée par tout laboratoire qui possède un spectrophotomètre adéquat à condition d'utiliser des étalons d'hémoglobine humaine purifiée. Les résultats générés sont très utiles dans un contexte d'intoxication au monoxyde de carbone et permettent une démarche thérapeutique plus précoce. L'auteur tient à remercier sincèrement M. Réal Gagné, biochimiste au centre hospitalier régional de Rimouski, qui a gracieusement réalisé les essais en co-oxymétrie.
Références
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| Dernière mise à jour le 2 octobre 1999 (22h00) |
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