Ann.
Biochim. Clin. Qué; 37(1): 14-15 (juin 1999)
Preparing for the Millenium: Laboratory Medicine in the 21st Century
(Parrainé par le «AACC Delta Project»)
3 et 4 décembre 1998, Orlando, Floride
Mary-Ann Kallai-Sanfaçon, Ph.D., CSPQ, FCACB
Service de biochimie
Hôpital Jean-Talon
1385 rue Jean-Talon est, Montréal, Qc, H2E 1S6
Durant les deux jours de ce mini-congrès, un même message émanait de tous les conférenciers peu importe le sujet dont ils traitaient. Le message véhiculé relevait des principes de Darwin: les gens qui démontrent de la flexibilité, qui s'adaptent au changement, qui peuvent même percevoir les tendances ou encore mieux les influencer sont ceux qui ont le plus de chances de survivre. Les autres se retrouvent dans la lignée des dinosaures. Nous sommes maintenant à l'âge post-industriel et tous les outils utilisés dans le passé pour mesurer la productivité sont aujourd'hui désuets. Des modes de comptabilité datant du milieu du 19ième siècle ont été mis en place dans les centres hospitaliers pour mesurer la productivité de presque tout. Dans le cas des biochimistes cliniques, le produit offert aux institutions est l'ensemble des connaissances qui servent à interpréter les chiffres produits par les analyseurs, les transformant ainsi en outils puissants pour les médecins dans le diagnostic et le traitement des maladies. Notre défi pour le 21ième siècle est de se faire mieux valoir et de faire apprécier la "valeur ajoutée" que chaque biochimiste clinique apporte aux résultats de laboratoire par ses connaissances.
Que faire pour être à la hauteur de cette tâche? Premièrement, il faut prendre pour acquis que nous sommes en formation continue perpétuelle. Il faut comprendre et accepter que nous sommes des étudiants à vie. Deuxièmement, il faut être un bon communicateur, être muni de tous le outils de communication appropriés et mettre à profit toutes les opportunités qui se présentent pour faire des contacts professionnels à l'intérieur et à l'extérieur du centre hospitalier. Il est primordial de créer un réseau de communication avec nos collègues biochimistes ainsi qu'avec les intervenants des autres disciplines. La philosophie de la multidisciplinarité est déjà bien ancrée aux États-Unis. En même temps, il est important que nous développions plusieurs habilités et non pas seulement celles propres à la pratique de la biochimie clinique. Ceci devient encore plus évident avec le décloisonnement des laboratoires et la création des "core labs". En plus d'être à jour dans nos connaissances scientifiques, il faut également être un bon gestionnaire et savoir appliquer les techniques modernes de gestion basées sur la gestion stratégique. Évidemment, les conférenciers ont beaucoup insisté sur des outils tels que la revue de l'AACC "Clinical Laboratory Strategies".
Les conférenciers ont aussi parlé des forces extérieures au laboratoire qui vont sûrement l'affecter. Ainsi, il semble que la philosophie des "DRGs" sera élargie pour inclure les patients qui utilisent les services ambulatoires. Même si la dynamique de paiement des soins de santé n'est pas la même qu'au Canada, il y a quand même une pénurie d'argent dans le système. L'argent devient donc une importante force de contrainte. Le message qui découle de cette réalité est qu'un laboratoire ne pourra plus se permettre d'avoir des analyseurs qui ne sont pas utilisés à leur plein potentiel. Ceci dit, les patients sont souvent mieux desservis par les centres plus petits à cause de leur proximité. Les conférenciers ont également parlé des "centres d'excellence" qui se spécialiseront dans des analyses bien particulières.
Une deuxième force extérieure au laboratoire origine des changements démographiques. Au Canada comme ailleurs la population vieillit. Le fait de prolonger la vie des individus qui autrefois auraient succombé à la maladie crée une population avec des problèmes chroniques nécessitant une suivi médical incluant des services diagnostiques. Malheureusement les conférenciers n'ont fait référence aux services diagnostiques préventifs que d'une façon très superficielle. Ils ont également insisté sur la régionalisation des données démographiques. Les services offerts par les laboratoires devraient prendre ce facteur en considération. Un laboratoire à Palm Beach en Floride a plus de chances de desservir une population dont l'âge moyen est au-dessus de 65 ans que ce n'est le cas à Harlem à New York.
Une troisième force est la fusion des compagnies dans le domaine du diagnostic ce qui veut dire que le nombre de joueurs va être significativement diminué. Un des conférenciers a présenté un graphique indiquant le pourcentage du marché occupé par les différentes compagnies. En 1987 les cinq premières compagnies détenaient 32% du marché. En fait, les dix premières compagnies occupaient 50% du marché. On estime qu'en 2002 les cinq premières compagnies détiendront 70% du marché et les dix premières atteindront 85% du marché. Personnellement je crois que ces fusions ont causé un choc culturel aux américains en donnant plus d'importance aux compagnies européennes. Ces dernières ont une approche très différente de celle des compagnies américaines. Une intervention que j'ai trouvé très intéressante était que les compagnies devraient travailler davantage sur la corrélation entre les différents instruments.
Une autre force est le bogue de l'an 2000. L'impact sur le laboratoire n'est pas cependant celui auquel les administrateurs d'hôpitaux s'attendent. Les gens ont assez d'expérience avec des systèmes LIS et HIS pour réaliser qu'aucun n'offre de solutions miracles. Tous ces systèmes ont besoin de petits ajustements locaux ou de grandes mises à jour pour répondre aux besoins réels. Malheureusement les grandes compagnies informatiques ne donnent que peu d'importance aux LIS qui ne représentent pour eux qu'un marché très restreint. Avec les problèmes du bogue de l'an 2000, un manque important de programmeurs est apparu. Dès leur sortie de l'université les jeunes programmeurs sont recrutés par les grandes compagnies pour leurs divers besoins. Au niveau des laboratoires, l'embouteillage informatique se situe au niveau de la transmission des résultats principalement en périphérie. Avec la télémédecine et les centres d'excellence ces besoins vont aller en s'accroissant. Le conférencier a suggéré que la meilleure façon pour les laboratoires de résoudre les problèmes informatiques serait de former des partenariats avec les institutions qui ont des préoccupations similaires. Un exemple serait avec les institutions bancaires qui doivent elles aussi envoyer beaucoup d'informations très rapidement tout en assurant la confidentialité.
L'un des conférenciers a discuté des problèmes reliés à la biologie moléculaire qui prendra sûrement de plus en plus de place dans l'arsenal diagnostique du 21ième siècle. Le développement de trousses analytiques pour mesurer de nouveaux marqueurs tumoraux ou encore les nouvelles sondes d'ADN pour identifier les problèmes génétiques, amèneront de nombreux problèmes d'ordre légaux et éthiques. Les compagnies qui investissent beaucoup d'argent dans la recherche des sondes génétiques veulent breveter chaque brin d'ADN sans pour autant en avoir trouvé une utilité. Le conférencier a décrit comment ce cauchemar légal peut nuire aux autres chercheurs et au développement d'applications médicales dans ce domaine. L'autre volet de la conférence portait sur les problèmes d'éthique reliés à l'information génétique détenue sur un individu. Le personnel des laboratoires risque dans l'avenir d'être confronté à des problèmes de confidentialité beaucoup plus complexes que ceux de la belle-mère qui appelle le laboratoire pour savoir si sa belle-fille est enceinte.
Les conférenciers ont également parlé des changements technologiques majeurs à venir dans le domaine diagnostique et ont mis beaucoup d'emphase sur la miniaturisation et l'automatisation de certaines technologies présentement très laborieuses. La miniaturisation devrait permettre qu'un plus grand nombre d'analyses puissent être effectuées au chevet du patient ou à la maison. L'analyse de quelques cent paramètres sur un disque équivalent à un CD ROM ou un microchip permettra cette décentralisation. Une autre technologie fort intéressante et encore plus flexible est le système LUMINEX qui combine des immunoessais avec la cytométrie en flux. Ce système contient 64 différentes sortes de microparticules et grâce à la technologie de "specific signal digital processing", les complexes de microparticules, d'anticorps et de molécules à mesurer peuvent être différenciés par les différents signaux émis. Un tel système permettrait l'analyse simultanée de 500 constituants différents. Un conférencier a même parlé d'un appareil de PCR portatif de la grosseur d'un glucomètre qui pourrait effectuer une analyse sur une goutte de sang ou de salive et transmettre par modem les résultats obtenus au médecin. Heureusement pour OJ cet appareil n'était pas entre les mains de la police de Los Angeles car comme vous pouvez l'imaginer un tel appareil révolutionnerait le domaine de la médecine légale.
Même si la miniaturisation semble vouloir déplacer plus d'analyses vers le chevet du patient, toutes les questions posées dans le passé demeurent : le coût versus les bénéfices, les problèmes de la responsabilité du contrôle de qualité etc. Les conférenciers ont suggéré que les biochimistes s'impliquent dans les prises de décisions concernant la technologie et l'instrumentations car, sous une forme ou une autre, les analyses au chevet du patient feront partie du laboratoire du 21ième siècle.
Dans le domaine de la microscopie, presque tout ce qui est visionné au microscope peut être analysé automatiquement. Les appareils font un tri des éléments et les spécimens anormaux sont sélectionnés pour être visionnés par le professionnel responsable. Ces appareils sont très coûteux et encouragent le développement de centres régionaux. La télépathologie permettra l'envoi d'une image dans les deux sens entre un centre d'expertise et une région éloignée.
Le conférencier qui a parlé du rôle de la robotique dans le laboratoire du 21ième siècle a mis beaucoup d'emphase sur le pré-analytique qui représente 50% du travail dans un laboratoire. Selon lui, en automatisant cette partie du travail, des économies à long terme seront réalisées. Il existe déjà des prototypes de stations de pré-traitement automatisées qui peuvent centrifuger, débouchonner, aliquoter, rebouchonner et trier les spécimens automatiquement. Plusieurs compagnies offrent des appareils analytiques du style plate-forme mais avec la nouvelle technologie, il ne sera pas impensable qu'un seul appareil puisse faire presque toutes les analyses dans un laboratoire.
Évidemment toutes ces innovations vont changer le "look" physique du laboratoire au 21ième siècle. On y verra moins d'instruments, moins de personnel, la disposition du laboratoire sera à aire ouverte et le travail se fera presque sans papier. Il y aura moins de tubes de prélèvement et les tubes seront plus petits. Nous serons en communication électronique constante avec tous les médecins et les cliniques que l'on désert ainsi qu'avec les centres d'expertise à travers le monde. Selon tous les conférenciers il restera cependant un rôle très important pour le biochimiste. Il agira comme chef d'orchestre pour interpréter tout cet ensemble d'analyses produites par cette nouvelle entité: le laboratoire du 21ième siècle.